La pédiatrie sociale en communauté consiste à identifier les besoins des enfants en situation de vulnérabilité, ainsi que leurs droits non respectés, et à réduire ou éliminer les sources de stress toxique qui affectent leur développement et leur bien-être.

Le stress n’est pas un mal en soi. L’endocrinologue Hans Selye le définit comme « une réponse non spécifique de l’organisme à une demande qui lui a été faite ». Cette réponse peut cependant devenir toxique lorsque l’enfant fait l’expérience forte, fréquente et prolongée d’une adversité (par exemple de la négligence ou de la violence physique, psychologique ou sexuelle). De plus en plus de recherches en neurosciences se penchent sur l’impact du stress sur le développement de l’enfant. Elles démontrent que l’activation prolongée des systèmes de réponse au stress peut perturber le développement et l’architecture du cerveau ainsi que d’autres systèmes organiques. Elle peut alors retarder le développement de l’enfant, nuire à ses apprentissages et augmenter le risque de développer des maladies et des troubles cognitifs à l’âge adulte.

C’est pourquoi la pédiatrie sociale en communauté a pour but de dépister, réduire ou éliminer les sources de stress toxiques ou facteurs de risque qui affectent le développement et le bien-être de l’enfant issu d’un milieu de vie difficile. La recherche de ces sources devient un élément essentiel afin de comprendre le sens des difficultés de l’enfant. Pour dépister ces sources, on s’intéresse aux trois éléments qui déterminent leur apparition et influencent le développement de l’architecture du cerveau.

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  1. Le bagage génétique de l’enfant peut le rendre vulnérable à certains problèmes de santé. Un enfant acquiert environ 23 000 gènes de ses parents à la naissance. La recherche montre que la configuration génétique d’un individu peut être influencée dans ses premières années de vie par l’environnement et ses premières expériences. Par exemple, un enfant qui a une prédisposition génétique à l’asthme coure un risque plus grand de développer cette condition s’il évolue dans un environnement insalubre.
  2. Les facteurs sociaux et environnementaux auxquels est exposé l’enfant tels, l’environnement physique, le revenu familial, le niveau d’éducation, le réseau social de soutien, les origines culturelles, l’accès aux services sociaux et de santé et leur utilisation ont tous une influence sur sa santé et son développement. À cela s’ajoutent de nouvelles affections propres au mode de vie effréné et hautement technologique du XXIe siècle : maladies chroniques, obésité, augmentation de l’anxiété, des cas d’épuisement et de comportements suicidaires chez les enfants et les jeunes.
  3. Les expériences négatives vécues durant l’enfance — événements dramatiques ponctuels ou chroniques — auront des répercussions sur la santé de l’enfant lorsqu’elles sont fortes, fréquentes ou prolongées.

 

Pour en savoir plus

 

Références

L’approche de pédiatrie sociale en communauté consiste aussi à identifier les besoins de l’enfant. « Les besoins des enfants sont faits d’un ensemble d’éléments de nature physique, sociale, intellectuelle, émotionnelle et spirituelle, liés à l’enfant et à son environnement dont la somme représente sa santé et son bien-être » (Gilles Julien). La satisfaction des besoins est un processus dynamique et complexe qui permet d’assurer le cheminement de l’enfant dans une trajectoire de vie. L’identification des besoins ne peut se faire sans la compréhension des droits des enfants qui s’y rattachent. Besoins et droits sont indissociables dans la pratique de pédiatrie sociale en communauté, et cela, même si les besoins apparaissent de façon plus explicite.

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Les besoins des enfants reconnus en pédiatrie sociale en communauté

  1. L’enfant a besoin de se sentir bien dans son corps et d’évoluer dans un environnement sain pour croître et développer son plein potentiel (besoins physiques).
  2. L’enfant a besoin de se sentir aimé, valorisé, estimé, respecté, ancré et attaché dans une famille et une communauté (besoins émotionnels).
  3. L’enfant a besoin de développer ses capacités intellectuelles pour comprendre le monde dans lequel il évolue et s’accomplir dans sa vie (besoins intellectuels).
  4. L’enfant a besoin d’établir des relations de confiance avec ses proches et d’avoir des interactions positives avec autrui afin de bâtir un réseau sur lequel il peut compter (besoins sociaux).
  5. L’enfant a besoin d’avoir une appartenance culturelle, une identité, une langue et des valeurs (besoins culturels).
  6. L’enfant a besoin d’avoir ou de donner un sens à sa vie (besoins spirituels).
Références

  • Bass M. (2010). Évaluation des besoins de l’enfant ou évaluation des problèmes : passer d’une démarche technobureaucratie d’expert à un système de coopération équitable, le rôle du cadre dans l’évaluation des situations préoccupantes, ENACT d’Angers-France.
  • Brazelton T.B., Greenspan S.I. (2003). The Irreducible Needs of Children: What Every Child Must Have To Grow, Learn, and Flourish. Cambridge, MA.: Da Capo.
  • Julien G. (2004). A Different Kind of Care: The Social Pediatrics Approach. Montreal: McGill-Queen’s University Press.
  • Julien G. (2004). Soigner différemment les enfants : méthodes et approches, 2nd Québec City: Les Éditions Logiques.
  • Laporte D., Sévigny L. (2002). L’estime de soi des 6-12 ans, Montreal: Éditions du CHU Sainte-Justine.
  • Schor E.L. (1995). The Influence of Families on Child Health. Family Behaviors and Child Outcomes, Pediatric Clinic of North America, 42 (1): 89-102.

En 2007, la pratique du droit est intégrée au modèle de pédiatrie sociale par Hélène (Sioui) Trudel, avocate, afin de bonifier les actions en pédiatrie sociale. Pour la clientèle des centres de pédiatrie sociale en communauté, cette approche facilite l’accès à la justice et le respect de l’ensemble des droits de l’enfant énoncés dans la Convention relative aux droits de l’enfant (1989). Ainsi, la pratique de la pédiatrie sociale en communauté repose sur les 41 articles de la Convention que nous avons regroupés en sept grands principes, les deux premiers chapeautant l’ensemble. Cette Convention nous offre une stratégie d’intervention systémique pour mieux répondre aux besoins des enfants. L’intégration du droit à la pratique de la pédiatrie sociale en communauté permet un diagnostic plus complet de l’état de santé de l’enfant et des interventions plus efficaces pour le soigner et l’accompagner.

 

Les 7 principes des droits de l’enfant en pédiatrie sociale en communauté (Trudel, 2010)

  1. Les enfants naissent égaux en droit et leur épanouissement doit être assuré au-delà des différences.
  2. L’intérêt supérieur de l’enfant doit gouverner toutes les décisions qui le concernent.
  3. L’enfant doit jouir des libertés et droits civils reconnus à tout être humain.
  4. La communauté entière doit être concernée par les familles en besoin pour mieux soutenir les enfants.
  5. L’enfant doit avoir toutes les chances de naître et grandir en santé et de développer son plein potentiel.
  6. L’enfant doit pouvoir s’instruire, s’amuser et s’ouvrir sur le monde.
  7. L’enfant doit être protégé.

 

Pour en savoir plus

 

Références

  • Trudel H. (2013). Intégrer la Convention relative aux droits de l’enfant dans la pratique, 2e Symposium en Pédiatrie sociale en communauté, 12 avril 2013.
  • Julien, G. et H. Trudel. (2009). Tous responsables de nos enfants : Un appel à l’action. Montréal : Bayard Canada. p. 1-266.
  • Zuckerman Barry (2012). Medecine and law : New Opportunities to Close the Disparity Gap, Pediatrics, 943-944.