L’évaluation globale qui s’effectue lors de l’évaluation/orientation est possible grâce à la participation de tous les acteurs importants autour de l’enfant et à la dynamique qui s’opère au sein de l’équipe de pédiatrie sociale en communauté, que l’on appelle co-intervention.

Il s’agit d’un savoir-faire collectif et d’une coopération entre l’équipe de pédiatrie sociale en communauté et les réseaux familial, social et institutionnel de l’enfant qui a pour objectif d’arriver à établir ensemble des solutions aux besoins de l’enfant.

Elle s’appuie sur le leadership partagé, une des compétences principales de la co-intervention, qui se définit comme « la contribution du leadership et des ressources de chacun, ainsi que de l’ensemble du groupe, à la réalisation d’un objectif commun. Le but à atteindre devient le véritable leader du groupe » (Luc, 2010). En pédiatrie sociale en communauté, le but n’est autre que de répondre aux besoins de l’enfant.

La co-intervention suppose une collaboration au même niveau de tous les participants de la rencontre, y compris l’enfant et sa famille. Ses besoins se retrouvent au centre des préoccupations de tous et l’enfant joue un rôle actif dans leur identification. Il n’est pas l’objet de la discussion, mais bien un partenaire dans la recherche des solutions à ses problèmes.

La co-intervention permet également de s’épauler entre professionnels de différentes disciplines afin d’arriver à mieux saisir la complexité des situations. Cela se traduit par la reconnaissance des limites professionnelles de chacun et le besoin de chercher un autre point de vue afin de mieux intervenir. Ainsi il existe un rapport d’égalité entre les professionnels qui participent, mais aussi, et surtout, avec le réseau familial. L’enfant et la famille sont des partenaires à part entière dans la recherche de solutions, passant ainsi d’une approche de prise en charge à une approche d’autonomisation.

Pour en savoir plus

Édith Luc sur le Leadership partagé

Références
  • Lapierre et Lormont (2010). La co-intervention : l’apport des « RAR » 2006-2010, Journée de formation de l’Éducation nationale enseignement supérieure et recherche, Bordeaux-France.
  • Luc, E. (2010). Le leadership partagé : modèle d’apprentissage et d’actualisation. Les Presses de l’Université de Montréal (deuxième édition revue et augmentée) : Montréal.
  • Romme, A.G.L. (1996). A Note On the Team-Hierarchy Debate, Strategic Management
    Journal, 17 : 411-417.

Les particularités du modèle de pédiatrie sociale en communauté

Le modèle de pédiatrie sociale en communauté conçoit la santé telle que définie par l’Organisation mondiale de la santé à savoir qu’il s’agit d’un « (…) état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » (OMS, 1948). Il adopte une approche globale de la santé qui considère aussi bien les besoins essentiels au développement de l’enfant que l’environnement dans lequel il grandit. Il vise ainsi à réduire les principaux problèmes de santé générés par des conditions de vie difficiles dans le but de les prévenir, de les dépister et de limiter l’influence des stress toxiques sur le développement de l’enfant.

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Références

  • Julien G. (2004). Soigner différemment les enfants, L’approche de la pédiatrie sociale, Les Éditions Logiques : Québec.
  • Julien G. (2004). Soigner différemment les enfants, Méthodes et approches, 2e éd. Les Éditions Logiques : Québec.
  • Préambule à la Constitution de l’Organisation mondiale de la santé, tel qu’adopté par la Conférence internationale sur la Santé, New York, 19-22 juin 1946; signé le 22 juillet 1946 par les représentants de 61 États. 1946; (Actes officiels de l’Organisation mondiale de la santé, n°. 2, p. 100) et entrés en vigueur le 7 avril 1948.

L’intervention en pédiatrie sociale en communauté est complexe pour plusieurs raisons:

  • Le nombre de diagnostics et de problèmes sociaux rencontrés pour chaque enfant,
  • Le nombre d’intervenants impliqués dans chaque dossier,
  • La variabilité des résultats des interventions pour chaque situation
  • Le degré de flexibilité nécessaire afin de mettre en place des interventions sur mesure.

Ce type d’intervention nécessite des innovations constantes, faisant appel à des professionnels de divers champs disciplinaires.

Grâce à une approche globale de santé, la médecine arrive à intégrer d’autres disciplines dans la démarche, et ensemble, elles permettent de mieux saisir les sources de stress affectant le bien-être de l’enfant. Cela suppose le décloisonnement des disciplines et la co-construction avec l’enfant et la famille pour mieux saisir la complexité des situations et faire émerger les solutions à l’intérieur du système familial.

Les professionnels en pédiatrie sociale en communauté doivent donc développer des compétences collectives basées sur des représentations partagées, un savoir coopérer, un savoir apprendre collectivement de l’expérience et un partages de valeurs fortes (humanisme, universalisme, bienveillance, amour de l’autre, proximité, justice sociale, respect, transparence).

Références

  • Craig, P. et coll. (2006), Developing and evaluating complex interventions: new guidance, Medical Research Council London, UK. P1-39
  • Campbell N. et coll. (2007), Designing and evaluating complex interventions to improve health care,BMJ, Volume 334, p. 455459
  • Shepperd S. (2010) Cadre d’évaluation des interventions complexes. Des connaissances à la pratique, CIHR Canada.

L’empowerment est un processus par lequel tout individu acquiert les moyens de mieux utiliser ses ressources et de renforcer son autonomie d’action. En misant sur les forces et les compétences de l’individu, l’empowerment reconnaît la capacité de ce dernier à évoluer et à transformer son environnement social pour répondre à ses propres besoins.

Le modèle de pédiatrie sociale en communauté vise l’empowerment et l’engagement de l’enfant, de sa famille et de la communauté. Pour se faire, il repose sur la participation de l’enfant et de sa famille à toutes les discussions et à toutes les décisions qui les concernent. L’enfant et sa famille ne sont pas l’objet de discussion des professionnels de l’intervention, mais bien partenaires à part entière de cette discussion. Toujours présents aux rencontres d’évaluation/orientation, ils jouent un rôle actif dans la compréhension des enjeux et la recherche de solutions aux difficultés rencontrées et à leurs causes.

Cette participation active et engagée de l’enfant et sa famille est assurée grâce aux relations privilégiées qu’arrivent à établir avec eux les intervenants des centres de pédiatrie sociale en communauté à travers la méthode APCA. Ce savoir-faire se caractérise par la convivialité et l’informalité de l’accueil, le respect des cultures et des valeurs, l’absence de jugement, la transparence des informations partagées, et la disponibilité des intervenants.

Ce qu’en dit la recherche

En reposant sur la participation de l’enfant et de sa famille à toutes les discussions et décisions, le modèle de pédiatrie sociale en communauté adhère aux recommandations de la Société canadienne de pédiatrie en matière de prise de décision :

  • Encourager la prise de décision conjointe avec les patients, les familles et l’équipe de soins de santé.
  • Agir de façon à soutenir les enfants capables de prendre leurs propres décisions.
  • Fournir avec sensibilité, aux enfants et à leurs familles des informations appropriées, véridiques et claires afin qu’ils puissent participer efficacement aux décisions.
  • Aborder les souhaits et les valeurs des parents avec respect.
  • Faire prévaloir les besoins et les intérêts de l’enfant ou de l’adolescent.
  • Chercher les ressources disponibles pour aider à résoudre les situations conflictuelles, et ainsi faciliter l’accès à l’aide pour les enfants et leurs familles.

… et aux recommandations de l’Académie américaine de pédiatrie sur le renforcement des capacités parentales et des forces de l’enfant :

  • Renforcer et outiller les familles et les communautés afin de leur permettre de jouer leur rôle de soutien social auprès de l’enfant et d’améliorer leurs compétences à stimuler le développement social et émotionnel de l’enfant ainsi que ses capacités langagières.
  • Renforcer les interventions qui visent le développement des compétences chez l’enfant sur le plan social, émotionnel et linguistique, ainsi qu’encourager l’adoption de compétences parentales.
Références

  • American Academy of Pediatrics (2012). Early Childhood, adversity, Toxic Stress, and the Role of the Pediatrician: Translating developmental Science Into Lifelong health, Pediatrics, 129 (1) : e224-e231
  • Lemay L. (2007). L’intervention en soutien à l’empowerment : du discours à la réalité. La question occultée du pouvoir entre acteurs au sein des pratiques sociales, Nouvelles pratiques sociales, 20 (1) : 165-180.
  • Société canadienne de pédiatrie (2005). Treatment decisions regarding infants, children and adolescents, Pediatric Children Health, 9 (2) : 99-103.

Pour assurer à l’enfant des services personnalisés et cohérents tout au long de sa trajectoire de vie, le modèle de pédiatrie sociale en communauté réunit autour de lui, lors de la rencontre d’évaluation/orientation, les adultes significatifs déjà impliqués dans sa vie et mobilise une variété de ressources pour créer et adapter des services qui répondent à ses besoins spécifiques.

Ces services varient en intensité (en quantité et en fréquence) suivant la trajectoire de vie de l’enfant. L’enfant peut ainsi recevoir une plus grande quantité de services ou un suivi plus serré aux moments les plus difficiles de sa trajectoire de vie et voir cette intensité diminuer dans les moments où il se sent mieux.

Cette rencontre entre l’enfant, sa famille, l’équipe de pédiatrie sociale et les intervenants de différents secteurs professionnels (enseignant, éducateur en garderie, intervenants du centre jeunesse, du centre des services sociaux et de santé, ou du centre communautaire, etc.) facilite le partage d’information et la cohérence des services. Le point de vue de chacun est entendu de tous, dans le respect et en toute transparence. Il se crée ainsi une compréhension commune de la situation de l’enfant qui permet d’identifier et de traiter de manière exhaustive les sources de stress toxique. Ce partage facilite la mise en place d’un plan d’action par tous les acteurs impliqués lors de cette rencontre y compris l’enfant et sa famille et assure la collaboration de tous.

La cohérence des services découle aussi de la connaissance du territoire et des services qui y sont offerts. La collaboration entre les équipes cliniques, de nombreux bénévoles de la communauté et des partenaires externes (école, centre de services sociaux et de santé, organismes communautaires, etc.), permet aux centres de pédiatrie sociale de créer et d’adapter des services sur mesure, complémentaires à ceux déjà offerts sur le territoire. Ces services varient d’un enfant à l’autre selon leurs besoins, mais également d’une communauté à l’autre. Par exemple, dans un quartier où la population immigrante est importante, un centre peut développer des services qui visent à faciliter l’adaptation à la culture d’accueil, la gestion de l’anxiété reliée au contexte d’immigration et l’apprentissage de la langue. Dans un quartier où l’on note une augmentation d’enfants avec un surpoids, on peut mettre en place des activités physiques et d’éducation à de saines habitudes de vie en partenariat avec un organisme communautaire.

Le cœur des services de pédiatrie sociale en communauté est l’évaluation/orientation. Tous les autres services découlent de cette rencontre clinique, aucun ne se développe sans une démarche clinique préalable.

Ce qu’en dit la recherche

En facilitant le partage d’information entre l’enfant, sa famille et les adultes et intervenants importants dans son cheminement, le modèle adhère aux recommandations de l’Académie américaine de pédiatrie sur l’interdisciplinarité et le partenariat :

  • Travailler en collaboration avec des collègues d’autres professions afin de diminuer les barrières qui entravent l’accessibilité des enfants à la santé et au bien-être au sein d’une communauté.
Références

  • American Academy of Pediatrics (2005). The Pediatrician’s Role in Community Pediatrics,Pediatrics, 115 (4) : 1092-1094.

Le modèle de pédiatrie sociale en communauté implique également une collaboration avec le milieu juridique. L’approche Alliance Droit Médecine Sociale [ADMS] vient bonifier les actions en pédiatrie sociale en facilitant l’accès à la justice pour résoudre efficacement et rapidement les différends qui mettent en jeu le respect des droits fondamentaux de l’enfant.

Couvrant tous les secteurs du droit touchés par les répercussions négatives des déterminants de la santé, l’ADMS permet de contribuer à la défense des droits de l’enfant dans le respect de la Convention relative aux Droits de l’enfant et de plusieurs lois ayant un impact sur son développement : droit du logement, droit de la famille, droit de la protection de la jeunesse, droit de l’immigration, droit à l’information, droit de l’éducation, droit de la santé et des services sociaux, droit de l’emploi et du travail, droit de la personne, droit civil et autres.

Lors du 4e symposium de pédiatrie sociale en communauté de la Fondation du Dr Julien, le Dr Nicholas Bala, professeur de droit à l’Université Queen’s, a clarifié les droits de enfants quant aux décisions qui les concernent, ainsi que l’importance de prendre en considération leurs points de vue.

Ce qu’en dit la recherche

En facilitant l’accès des enfants et des familles à la justice, le modèle adhère aux recommandations de la Société canadienne de pédiatrie et de l’Académie américaine de pédiatrie relatives au rôle de plaidoyer des intervenants :

  • Redéfinir l’intervention médicale en se concentrant à la fois sur le développement de l’enfant et sur ses droits.
  • Renforcer le rôle de plaidoyer des intervenants dans le but d’assurer l’accès aux services et l’intégration de ces derniers auprès des enfants en situation de vulnérabilité.
  • Agir en tant que défenseurs des enfants et des familles lorsque les ressources semblent restreintes et qu’elles limitent l’accès aux soins.
Références

  • American Academy of Pediatrics (2012). Early Childhood, adversity, Toxic Stress, and the Role of the Pediatrician: Translating developmental Science Into Lifelong health, Pediatrics, 129 (1): e224-e231
  • American Academy of Pediatrics (2005). The Pediatrician’s Role in Community Pediatrics,Pediatrics, 115 (4) : 1092-1094.
  • Daneman D., Kellner J., Bernstein M., et coll. (2013). Social paediatrics: From ‘lip service’ to the health and well-being of Canada’s children and youth, The Journal of the Canadian Paediatric Society, 18 (7) : 351-352.
  • Julien G, Trudel H. (2009). Tous responsables de nos enfants : un appel à l’action. Bayard Canada, Montréal.
  • Société canadienne de pédiatrie (2005). Treatment decisions regarding infants, children and adolescents, Pediatric Children Health, 9 (2): 99-103
  • Zuckerman B, (2012). Medicine and Law: New Opportunities to Close the Disparity Gap, Pediatrics, 130 (5) : 943-944.

Pour être efficace, le modèle de pédiatrie sociale en communauté favorise une intervention en constante interaction avec les milieux de vie de l’enfant : la maison, l’école, les loisirs, etc. Le modèle est ancré dans la communauté par le biais de centres de pédiatrie sociale en communauté (CPSC).

Un CPSC est avant tout un lieu d’accueil chaleureux, familier et accessible aux enfants, porté par les familles et la communauté. L’enfant et les personnes importantes qui l’entourent y sont accueillis par une équipe composée de professionnels qualifiés et surtout, de nombreux bénévoles de la communauté qui facilitent un lien direct avec un réseau impressionnant de partenaires incluant :

  • Les familles.
  • Les milieux communautaires.
  • Les milieux d’affaires et juridiques.
  • Les institutions telles que les garderies, les écoles, les centres de services sociaux et de santé, les centres jeunesse et les services de police communautaires.
  • Les entreprises privées.

Jean-François Lemire/shootstudio.ca

L’équipe du CPSC facilite l’interaction avec les différents milieux de vie de l’enfant en se déplaçant pour mieux accompagner l’enfant dans son développement.

Cet ancrage dans un quartier défavorisé permet au CPSC d’établir des liens de confiance avec les enfants en situation de vulnérabilité et leur famille. Cette proximité physique facilite l’accès à des activités avec la communauté qui répondent à leurs besoins et leurs intérêts. Il permet également d’outiller la communauté à comprendre les difficultés que rencontrent les enfants et à s’impliquer dans les solutions. Ainsi, le CPSC devient pour l’enfant et sa famille un « pediatric medical home », c’est à dire un lieu sécuritaire de réconfort pour reprendre des forces et bâtir leur résilience [American Academy of Pediatrics, 2011].

Ce qu’en dit la recherche

À travers l’ancrage des CPSC dans la communauté, le modèle adhère aux recommandations de l’Académie américaine de pédiatrie :

  • Mettre en place des pratiques permettant le dépistage des enfants en situation de vulnérabilité.
  • Réaliser des évaluations répondant aux multiples difficultés des enfants.
  • Partager l’information.
  • Élaborer des plans d’action conjointement avec les parents.
  • Créer des partenariats avec d’autres institutions pour mieux répondre aux besoins des enfants.
  • Établir un processus de références efficace et mettre en place un processus de suivi/évaluation des impacts de l’intervention.
  • Connaître le portrait de la communauté [épidémiologique, démographique, social, économique, etc.] afin d’améliorer la compréhension des facteurs de risque sociaux et environnementaux affectant la santé de l’enfant.
  • Établir des collaborations solides avec d’autres services du milieu. 

En faisant des CPSC des endroits sécuritaires au sein desquels les enfants et leurs familles peuvent refaire leurs forces, le modèle adhère aux recommandations de l’Académie américaine de pédiatrie relatives au « pediatric medical home » :

  • Développer des centres de pédiatrie sociale qui permettent de travailler la résilience des enfants et de leurs familles, et de réduire les sources de stress toxique.
  • Mettre en place, au sein d’un même centre, une diversité de services adaptés aux besoins des enfants.
  • Travailler à l’obtention des fonds et participer à des offres de services innovants adaptés aux enfants en situation de vulnérabilité.
  • Identifier et promouvoir le développement de ressources locales qui orientent les efforts vers la réduction et la prévention des sources de stress.
Références

  • American Academy of Pediatrics (2012). Early Childhood, adversity, Toxic Stress, and the Role of the Pediatrician: Translating developmental Science Into Lifelong health, Pediatrics, 129 (1): e224-e231
  • American Academy of Pediatrics (2005). The Pediatrician’s Role in Community Pediatrics,Pediatrics, 115 (4) : 1092-1094.
  • Walker S.P., Chang S.M., Vera-Hernandez M., Grantham-McGregor S. (2011). Early childhood stimulation benefits adult competence and reduces violent behavior. Pediatrics, 127 (5) : 849-857